Selon El Maghraoui, les ingénieurs logiciels passent du rôle de producteurs de code à celui de curateurs de code. « Si le codage reste essentiel, l’accent se déplace vers le prompt engineering. Comment formuler les bonnes requêtes dans le contexte de ces LLM ? Et au lieu d’écrire chaque ligne de code, les développeurs orchestrent de plus en plus du code généré par l’IA, en assemblant les différents éléments. »
Cette évolution n’est toutefois que la partie émergée de l’iceberg. El Maghraoui estime que le rôle des développeurs évoluera vers ce qu’elle appelle l’« ingénierie pilotée par l’intention ». L’idée est de s’éloigner de la syntaxe pour se concentrer sur la structure, de laisser de côté les détails les plus fins pour prendre de la hauteur, et de passer du « quoi » au « pourquoi », en mettant en avant les objectifs, les résultats et l’impact.
Pour Bridget McGinn, les LLM pour le code peuvent être traités comme des bibliothèques importées dans un programme. « Les problèmes peuvent être résolus plus rapidement, de la même manière que les bibliothèques nous aident, en tant qu’ingénieurs, à réutiliser des fonctionnalités déjà développées au lieu de réinventer la roue. »
Cette vision rejoint l’informatique générative. Dans ce cadre, un modèle de code est intégré aux systèmes comme un composant logiciel modulaire et utilisé comme une interface programmable. À ce titre, il peut abstraire les tâches de bas niveau, tandis que les développeurs consacrent davantage d’efforts à la résolution de problèmes de plus haut niveau.
« Ils doivent penser en termes de design thinking plutôt que d’écriture de code », explique Satoh. « Nous avons besoin d’ingénieurs de plus haut niveau, capables de concevoir l’architecture d’un système. »
Ce rôle devient plus pluridisciplinaire : il intègre non seulement la conception et l’architecture, mais aussi d’autres dimensions comme l’éthique et la sécurité. « Le travail est moins manuel et davantage automatisé, mais il devient plus stratégique », explique El Maghraoui. « Vous combinez le génie logiciel avec une pensée à l’échelle des systèmes, une réflexion produit et un raisonnement éthique. Nous ne sommes plus seulement à l’aise avec le code : nous devenons des ingénieurs à l’aise avec l’IA et orientés IA dès la conception. »
Cette évolution ouvre des possibilités de montée en compétences sur ces tâches de plus haut niveau, en particulier pour les développeurs juniors. « Beaucoup de benchmarks visent à atteindre le niveau fonctionnel d’un développeur junior. Si c’est la métrique que nous visons, l’idée est donc de réduire le besoin associé à ce niveau », explique McGinn. « Nous avons besoin de profils qui disposent d’un niveau plus approfondi que celui d’un développeur junior, ou qui n’ont peut-être plus besoin de passer par un poste de développeur junior pour comprendre ce que fait un développeur senior. »