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La 5G sera un accélérateur de la numérisation

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Bien plus qu’un prolongement de la 4G, la 5G va permettre aux réseaux mobiles de concurrencer les performances de la fibre optique sur le fixe. Les débits atteints d’ici 5 à 10 ans permettront de regarder des vidéos ou de jouer sur son mobile, de faciliter les interactions entre les véhicules connectés, de permettre aux services d’urgence de communiquer avec médecins dès leur trajet vers l’hôpital… La France s’apprête à lancer les enchères autour ces nouvelles fréquences, selon des modalités qui restent encore à définir. Explications sur une révolution en devenir avec Philippe Sajhau, vice-président Energy/Utilities Telecom/Media et Villes chez IBM France.

 

Quels sauts technologiques peut-on attendre du déploiement de la 5G ?

Philippe Sajhau – La 5G permettra d’aller beaucoup plus loin que ce que l’on a connu avec les précédentes évolutions de la 2G vers la 3G, puis la 4G. C’est même le début d’une nouvelle ère pour les télécoms ! La vitesse de transmission des données sera multipliée au moins par 10, voire par 20 pour atteindre jusqu’à 10 Gbit/s en mobilité, c’est-à-dire des vitesses comparables à la fibre optique sur les réseaux fixes mais dont on pourra bénéficier en mobilité. La densité de connexion pourra supporter 1 million de connexions au km², ce qui n’est possible qu’à l’échelle du Grand Paris avec la 4G. La latence, c’est-à-dire le temps que met une information à arriver, sera considérablement réduite. Elle pourra descendre au niveau de la milliseconde pour les usages professionnels et autour de 10 millisecondes pour le grand public (contre 200 à 100 millisecondes avec la 4G, à comparer aux 300 millisecondes qui sont le temps de réaction d’un humain en cas d’urgence). Les usages en mobilité deviendront alors plus fluides. Alors que des pans entiers du pays ne bénéficient toujours pas de la 4G, la 5G sera un accélérateur de la numérisation.

 

Selon quel calendrier cela va-t-il se mettre en place ?

P. S. – Le déploiement complet prendra sans doute 5 à 10 ans. Dans un premier temps, la 5G va se superposer à la 4G. Il y aura par exemple des endroits où les communications continueront à se faire en 4G, mais il sera possible de télécharger beaucoup plus vite en passant par la 5G. Cette technologie permettra de désengorger les connexions en zones très denses : en centre-ville, dans les stades ou par exemple à La Défense, où il commence à être difficile de communiquer aux heures de pointe. Les usages BtoB arriveront plutôt vers 2021-2023, parce qu’ils nécessiteront des adaptations, en particulier la « cloudification » du réseau télécom. Comme cela a déjà été le cas avec l’informatique, les réseaux télécom sont aussi en train de basculer sur le cloud. Avec le nouveau concept du cloud edge, on va pouvoir réduire le temps de latence en amenant la puissance de calcul et les capacités de stockage au plus près de l’antenne relais. Cette capacité des opérateurs à gérer une multiplicité de clouds sera aussi une condition pour pouvoir dédier des fréquences et mettre en place des niveaux de services adaptés aux besoins spécifiques d’une industrie ou d’un industriel. D’ici là, plusieurs étapes restent à franchir. Les pouvoirs publics vont lancer à l’automne les enchères pour les fréquences 5G pour une mise en service début 2020. Beaucoup de questions restent encore en suspens, notamment pour savoir si les enchères seront uniquement ouvertes aux opérateurs télécoms (Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR), ou si des industriels et des opérateurs de la mobilité pourront également concourir.

 

Certains secteurs ont-ils davantage besoin que d’autres de ce saut technologique et pour quels cas d’usage ?

P.S. – Pour la population, le premier avantage de la 5G vient de la capacité à compléter la 4G dans les zones ultra-denses. Le deuxième se situe au niveau du mobile to broadband, quand la 5G offre une couverture plus fine en très haut débit si le câblage fibre des derniers kilomètres est difficile. Les adeptes du gaming pourront jouer sur leur mobile avec les mêmes capacités que sur un ordinateur ultra-performant, à condition d’acquitter un abonnement mobile plus coûteux. Le visionnage de la vidéo sera aussi beaucoup plus rapide. Dans l’univers professionnel, les usages se situent autour de la réalité virtuelle et les univers immersifs, qui atteindront une fluidité totale en mobilité. Ce sera utile dans le tourisme, pour les opérateurs de maintenance, dans la vidéoprotection avec la reconnaissance d’images… Sur la partie IoT, on voit l’intérêt de réponses quasi instantanées pour les véhicules et les navettes autonomes, ou avec les robots qui se déplacent dans les usines. La 5G sera aussi utile dans le domaine de la santé, notamment dans les situations d’urgence. En affectant une tranche de réseau sur la zone concernée, les personnels d’une ambulance pourront commencer à interagir en temps réel avec l’hôpital. Un énergéticien indiquait récemment que la 5G permettait de connaître en temps réel ce qui se passe sur les smart grids (ou réseaux électriques intelligents, ndlr) et d’économiser ainsi 10 % de l’énergie à injecter dans le système.

 

Les différents types de réseaux de communication vont-ils continuer à cohabiter

P.S. – Le déploiement de la 5G sera progressif car il faudra dégager des bandes de fréquences, investir pour compléter les antennes locales et faire évoluer l’ensemble du réseau. Différents réseaux vont donc continuer à cohabiter : il y aura toujours de la 3G et de la 4G, dont la couverture va se poursuivre, et des réseaux basse consommation et basses fréquences, de type LoRa ou Sigfox, qui pourront parfaitement suffire pour certains usages de smart cities. Inversement, la 5G permettra d’aller beaucoup plus loin dans des cas déjà identifiés mais pour lesquels la technologie n’était pas mûre.

 

Quelles sont les implications en termes de sécurité ?

P.S. – L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) s’est saisie de la question de la sécurité des équipements de cœur de réseau, en demandant une certification des outils utilisés sur cette partie du réseau et la possibilité de tester les éléments car ces équipements deviennent critiques. Plus on utilisera la 5G dans le domaine de l’IoT (internet des objets), plus on augmentera la surface de contact du réseau avec l’extérieur, et donc les risques. Il faut toutefois noter que le protocole réseau de la 5G est mieux protégé que celui de la 4G, et encore davantage que celui du Wi-Fi. En basculant le réseau dans le cloud et en le découpant en différentes « tranches » dédiées à des usages spécifiques, on entre aussi dans une logique de cybersécurité avec différents espaces compartimentés et protégés. Comme toute nouvelle technologie, la 5G comporte des risques, qu’il faut expliquer et tenter d’éviter. Aujourd’hui, les experts estiment que ce réseau va s’appuyer sur des outils plus standardisés et plus sécurisés que ceux que l’on utilise aujourd’hui.

Pour en savoir plus, visitez notre page dédiée au secteur télécommunications

 

  Philippe Sajhau – vice-président Energy/Utilities Telecom/Media et Villes

  psajhau@fr.ibm.com

  Philippe Sajhau

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