Intelligence Artificielle

L’IA et le prédictif vont permettre d’offrir davantage de services de transport connectés

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L’analyse des données de transport permet aux opérateurs et aux collectivités d’avoir une connaissance plus fine des flux et des usages. Ces diagnostics sont autant de leviers pour renforcer l’efficacité des infrastructures existantes et mieux combiner les transports individuels et collectifs. Les outils numériques encouragent aussi les usages partagés, en attendant les nouvelles opportunités liées aux véhicules et navettes autonomes. Explications avec Catherine Courtel, Associate Partner chez IBM, en charge des services connectés auprès des collectivités locales.

 

En quoi l’analyse et le traitement des données servent-ils à fluidifier les transports ?

Catherine Courtel – Le traitement des données permet de dresser un état des lieux des transports à l’échelle d’un territoire (agglomération, métropole ou région), de poser un diagnostic et d’apporter des éléments de contexte. Ces analyses aident les collectivités à optimiser les transports existants et à se tourner vers de nouvelles formes de mobilité, par exemple en développant le covoiturage ou en mettant en place des flottes de vélos et de trottinettes dans les centres-villes. Dans les grandes agglomérations, les engorgements sont directement liés au fait qu’il y a souvent à peine plus d’une personne dans une voiture. Dès que ce taux augmente, on diminue l’emprise sur les routes. Plusieurs territoires ont lancé des réflexions pour réserver une voie à des cars express et au covoiturage, ou pour mettre en place des transports publics qui permettent de se passer complètement des véhicules privés… Dans les zones rurales, il s’agit plutôt de faciliter l’accès à des services de mobilité, qui ont un impact direct sur l’économie locale et la capacité des habitants à trouver un emploi.

 

Quels types de données peuvent être exploités ?

C. C. – Plusieurs types de données peuvent être analysés pour fluidifier les transports, en particulier la position des véhicules, la vitesse ou les temps de parcours. Ces données sont déjà nombreuses et elles le seront encore davantage lorsque les véhicules pourront communiquer avec leur environnement : de véhicule à véhicule, entre véhicules et infrastructures routières par exemple les feux de signalisation… Pour offrir une vue d’ensemble des dysfonctionnements et des pistes d’amélioration, les données doivent pouvoir être étudiées par les différentes collectivités en charge des transports : les agglomérations, les départements, qui assurent la gestion des routes, et les régions, qui gèrent les transports en bus et en train. Monter un réseau de cars express amène souvent à croiser les données sur plusieurs départements. Ce type de démarche deviendra plus commode avec la loi d’orientation des mobilités, qui encourage les régions à se saisir de nouvelles compétences en ce sens.

 

Comment cela répond-il aux nouveaux usages plébiscités par les consommateurs ?

C. C. – Il y a une tendance de fond autour des usages de la voiture, qui est de plus en plus perçue comme un service de mobilité sans nécessairement en posséder soi-même. Si le covoiturage est désormais bien ancré dans les usages pour les déplacements de longue distance, ce n’est pas encore le cas pour les trajets du quotidien, notamment entre le domicile et le travail. Les détours que ces déplacements entraînent sont un frein important, car ils rallongent les temps de parcours. Il y a donc toute une éducation à faire pour favoriser le covoiturage sur les petites distances et pour développer des outils adaptés. Des plateformes soutenues localement pourraient par exemple mettre les gens en relation de manière plus efficace. Certaines collectivités se rapprochent des centres commerciaux pour organiser des points de covoiturage sur leurs parkings, très chargés le week-end mais beaucoup moins en semaine. Ils pourraient ainsi profiter d’une clientèle additionnelle si les personnes font leurs courses quand elles viennent récupérer leur véhicule. Les applications mobiles qui permettent d’optimiser les parcours, très utilisées par les automobilistes, gagneraient aussi à intégrer des transports multimodaux pour proposer les itinéraires les plus intelligents.

 

Et qu’y gagneraient les politiques de transport mises en place par les collectivités locales ?

C. C. – Les collectivités locales ont à cœur de renforcer l’attractivité de leur territoire grâce aux réseaux de transport et de prendre en compte les conséquences du trafic sur l’environnement. Beaucoup d’agglomérations se sont dotées de réseaux de tramway – voire de navettes autonomes – qui facilitent l’accès à la ville ou aident à la contourner. Certaines se sont associées au développement d’outils aux usagers. À Montpellier, une application offre un calcul multimodal d’itinéraire en croisant en temps réel les horaires des transports en commun, les vélos en station et le trafic sur les routes. Bordeaux a mené une expérimentation pour parvenir à une circulation plus apaisée. Diminuer les zones d’accélération et de freinage change la manière dont on se comporte en ville. La Gironde s’est montrée très volontaire pour développer puis optimiser les zones de covoiturage. Des enquêtes déplacements et routières ont permis de bien comprendre les itinéraires empruntés à l’échelle du département pour positionner les aires aux endroits qui pourraient convenir à un maximum d’utilisateurs. On voit en outre se développer des navettes autonomes sur des distances courtes, par exemple pour relier les derniers kilomètres entre une station de transport en commun et des zones professionnelles ou commerciales.

 

Tous les modes de transports sont-ils éligibles à cette approche autour des « transports intelligents » et comment cela se combine-t-il avec le respect des données personnelles ?

C. C. – Cette approche est rendue possible dès que l’on peut équiper un véhicule d’un capteur. Cela avance partout ! On l’a vu avec le développement des trottinettes électriques. On le verra à nouveau avec le développement du parc de voitures électriques, car il faudra bien savoir où recharger sa batterie. Le nombre de données deviendra encore plus important avec l’essor des navettes et des véhicules autonomes. Le volume de données, combiné au prédictif et à l’intelligence artificielle, va permettre de proposer des analyses plus fines et de renforcer le niveau de service pour les utilisateurs. Quand on travaille avec les collectivités, le respect des informations personnelles est un vrai sujet, même si les données sont anonymisées. Des réflexions sont en cours au niveau européen pour que les fournisseurs de service travaillent avec un tiers de confiance, qui servira d’écran sécurisé entre un opérateur et les sociétés qui utilisent les informations. Parfois, les données doivent pouvoir être traitées individuellement. Dans le cas d’un parking relais, les utilisateurs devront s’enregistrer pour bénéficier du service. Au-delà des bonnes pratiques qui doivent évidemment être respectées par les opérateurs et les collectivités, c’est à chacun de décider des données personnelles qu’il veut partager en fonction du niveau de service dont il veut bénéficier.

 

  Catherine Courtel – Associate Partner pour les collectivités locales

  c.courtel@fr.ibm.com

  Catherine Courtel

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