Industrie

Chaque industrie 4.0 intègre les technologies selon l’impact business pour son secteur

Share this post:

L’industrie 4.0, qui fait converger les mondes physique et numérique, engendre des processus de production plus flexibles, adaptés à la fabrication de séries plus courtes, et des systèmes logistiques en flux tendus. Cette transformation des modes de production amène les industriels à se doter d’outils plus agiles et d’organisations qui impliquent davantage toutes les catégories de personnels, comme l’explique Christophe Didier, Chief Technical Officer pour l’Internet des objets (IoT) chez IBM France.

 

Quels sont les enjeux de l’industrie du futur et comment les technologies améliorent-elles l’outil de production ?

Christophe Didier – Les enjeux de l’industrie du futur restent, comme par le passé, centrés sur l’efficacité de l’outil industriel et la qualité des produits fabriqués, tout en maximisant l’agilité au sein de son écosystème. Les technologies offrent ainsi de nouvelles opportunités, que les industriels intègrent selon l’intérêt qu’elles représentent pour leur propre activité : la blockchain s’avère efficace dans le suivi des documents de douane ou dans la traçabilité alimentaire, l’IoT peut limiter les ruptures sur les lignes de production, l’étude acoustique détectera des anomalies de fonctionnement d’équipements industriels… Si l’analyse en amont a été bien faite, les bénéfices sont nombreux. Une meilleure connaissance du fonctionnement de l’outil de production permet par exemple de comprendre les pannes, voire de les détecter avant qu’elles n’arrivent, et donc de les éviter. En connectant, via des passerelles industrielles pour IT/OT, plusieurs machines pilotées par des automates (PLC), on peut avoir une vision de l’état courant de la ligne de production, revenir sur un incident passé et entrer dans une phase d’investigation puis d’apprentissage qui viendra alors nourrir le prédictif. Au-delà des équipements industriels, l’optimisation des déplacements des opérateurs sur un site industriel améliore leurs conditions de travail et permet également de gagner en efficacité. Par ailleurs et historiquement, les productions industrielles étaient lancées pour fabriquer un même produit durant plusieurs mois. Aujourd’hui, beaucoup d’industries se tournent vers des séries de plus en plus courtes et l’outil industriel doit alors gagner en agilité. Il devient donc crucial d’identifier des moyens de réduire fortement le temps pendant lequel la chaîne de production est en transition entre deux séries de produits (ChangeOver).

 

Quels sont les secteurs industriels les plus avancés ?

C. D. – Il y a beaucoup d’exemples dans le secteur de l’automobile, qui a la particularité de travailler avec de nombreux sous-traitants répartis sur des sites différents. Pour éviter les ruptures sur la chaîne de production, la logistique doit donc être particulièrement performante et permettre une circulation des pièces détachées vers les lieux d’assemblage dans les délais et avec la qualité attendue. IBM a ainsi co-créé avec PSA une plateforme IoT Track & Trace qui permet de suivre les conteneurs entre les fournisseurs et les sites de montage. La plateforme remonte des informations sur l’identité du conteneur, sa localisation (dans une usine, sur la route, sur une aire de repos…) et son état de fonctionnement.  Pour que tous ces éléments soient disponibles, il a fallu équiper les conteneurs de capteurs très résistants et autonomes en énergie sur plusieurs années. Par exemple, Track & Trace s’appuie sur le réseau Sigfox au niveau des communications IoT, qui convient bien à l’industrie 4.0 en raison de sa faible consommation énergétique, de sa portée étendue et de sa capacité à être utilisé en se défiant des frontières. L’analyse des tournées permet désormais à PSA de détecter les déplacements inhabituels de certains types de containers (surtout à vide) en Europe, d’optimiser les flux et d’améliorer l’utilisation de ses containers tout en réduisant certaines pertes.
La cosmétique est un autre secteur qui utilise le cognitive manufacturing (utilisation de l’intelligence artificielle dans l’industrie, ndlr). Les usines de ce secteur travaillent avec des « jus » (crèmes, shampoings, etc.), qui sont élaborés et stockés dans des cuves de grande capacité avant d’être conditionnés dans des flacons. Les niveaux de remplissage de cuves particulières, qui pour certaines raisons ne peuvent être équipées facilement en capteurs de niveaux, ont un impact sur la qualité des produits finis. IBM étudie, avec certains industriels, dont L’Oréal, une solution cognitive autour des signatures sonores couplées au machine learning pour déterminer le taux de remplissage de ces cuves, de manière non intrusive.
D’autres exemples d’utilisation des nouvelles technologies dans l’audit des bâtiments industriels se prêtent bien à l’usage de drones. Équipés de deux caméras, l’une classique et l’autre thermique, ces appareils peuvent prendre des photos qui sont envoyées dans le cloud et analysées par un système d’intelligence artificielle. On peut alors évaluer le degré de dégradation d’un bâtiment selon les craquelures de peinture, les fissures et autres défauts. Chaque anomalie est localisée et peut être suivie dans le temps. Ce type d’audit se révèle très efficace en termes de coût et de rapidité d’exécution.

 

Certains métiers sont-ils plus particulièrement impactés par ces évolutions au sein des usines ?

C. D. – La transformation digitale impacte tous les métiers et toute l’organisation d’un site industriel. Chacun doit évoluer dans son domaine de compétence et comprendre les compétences des autres, même si elles sont pointues. En s’imprégnant des différents comportements, on peut optimiser le savoir-faire de l’ensemble des équipes. Ces changements sont aussi l’occasion pour l’IT d’échanger avec des catégories de personnel qui sont plus éloignées de leur univers. Le plus souvent, les propositions d’évolution sont bien accueillies car les employés des usines y voient, de manière inhabituelle, une opportunité d’échanger avec le management en général à propos d’évolutions impactant leur quotidien. Plus tôt ils sont associés aux changements à venir, plus les modifications de leur outil de travail seront pertinentes. Les fausses bonnes idées sont fréquentes en début de réflexion, par exemple, on sait que les opérateurs ne peuvent pas porter pendant des heures des casques en réalité augmentée. Grâce à des services de speech to text (reconnaissance vocale, ndlr) ou à des applications mobiles connectées sur le système d’exécution de l’usine (MES : Manufacturing Execution System), les employés peuvent recevoir au bon moment et simplement des informations multimédias récapitulant les étapes nécessaires pour passer d’une tâche à l’autre. Les process peuvent alors se dérouler pas à pas et sans stress, y compris pour des personnes qui ne sont pas totalement familiarisées avec la ligne de production. Ce partage d’expérience permet aussi d’harmoniser les méthodes de travail les plus efficaces pour l’ensemble du personnel. Le management profitera également de cette transformation en ayant en temps réel, en investigation ou en prédictif, l’état de son environnement industriel.

 

Qu’est-ce que cela implique dans la conduite du changement ?

C. D. – Aucune transformation ne se conçoit en laboratoire, mais en co-création ou en co-développement. Digitaliser de bout en bout une industrie nécessite d’associer l’industriel et son écosystème. Il faut parfois remonter jusqu’aux équipementiers et leur demander de transformer/ouvrir leurs machines pour qu’elles deviennent communicantes. Elles pourront alors livrer les données dont on aura besoin pour alimenter les plateformes technologiques ou pour avoir une bonne vision de l’état de fonctionnement d’une ligne de production. On gagne toujours à impliquer le plus tôt possible toutes les personnes concernées, à mixer les compétences et les talents qui existent à tous les niveaux de l’entreprise. Le changement est d’autant plus facile à adopter que le nouveau système a été conçu par les opérateurs pour les opérateurs. C’est pour cela que, quand IBM accompagne des industriels dans leur transformation digitale, nous commençons par organiser dans notre Studio des ateliers de design thinking. Ils réunissent, pendant deux ou trois jours, des personnes en charge de l’outil industriel ou des métiers et d’autres qui travaillent au quotidien sur l’outil de production et font remonter des points importants sur l’efficacité opérationnelle. Après cette première étape, il faut pouvoir aller vite. L’agilité lors de la réalisation peut aller jusqu’à des interactions quasi quotidiennes entre un développeur et un opérateur de ligne. Des cycles de trois à six mois permettent également de monter chez le client des « factories » digitales et IoT pour industrialiser ce qui a été fait en amont. Chacun peut alors tirer parti des bénéfices opérationnels et de l’impact business de la nouvelle organisation, associée à une gouvernance de l’innovation au sein du groupe industriel.

Pour en savoir plus, visitez notre site dédié « Manufacturing »

 

Chief Technical Officer pour l’Internet des objets (IoT)

More Industrie stories
9 septembre 2019

Grâce à l’IoT, les assureurs passent d’un rôle de « régleur » à celui de « protecteur » en matière d’assistance à domicile

Avec l’Internet des Objets et l’arrivée des baby-boomers dans le grand âge, une nouvelle révolution est en marche. Elle est clairement porteuse de valeur pour les mutuelles et les assureurs dans le domaine de l’assistance à domicile de la personne et de la dépendance. Comment l’IoT accroît les possibilités d’innovation dans le secteur de l’assurance ? […]

Continue reading

18 juillet 2019

Au-delà des partenariats : la révolution des écosystèmes

Pour accompagner plus efficacement la transformation de ses clients, IBM collabore différemment avec ses partenaires. Aujourd’hui, ce sont les écosystèmes qui permettent de mettre en place des dynamiques disruptives et garantissent la croissance future. Avec la multiplication des clouds, l’explosion de la donnée, l’avènement de l’intelligence artificielle et de la blockchain, le modèle économique des […]

Continue reading

24 mai 2019

L’Intelligence Artificielle au service du bâtiment connecté

Depuis des années, les bâtiments sont connectés. Par exemple pour gérer les alarmes des ascenseurs, surveiller les chaufferies, contrôler les lumières ou dans le cadre de solutions de téléalarme. Toutefois, une connexion plus globale et l’utilisation de technologies comme l’Intelligence Artificielle et l’Analytics permettent d’envisager de nouvelles applications qui optimiseront les coûts et l’occupation des […]

Continue reading