La COP26 a-t-elle été un succès ? La réponse dépend de ce qui se passera ensuite

By and Pierre Morin | 8 minute read | 3 mai 2022

La Conférence des Parties 2021 (COP26) à Glasgow a-t-elle été un succès ? Le monde est-il en voie d’éviter les pires conséquences du péril climatique et de parvenir à l’équité internationale face à cette crise ?

La réponse est oui et non. Oui, le sommet mondial annuel sur le climat a entériné les « règles » qui sous-tendent l’Accord de Paris : transparence et uniformité dans les déclarations ESG, mise en place d’un calendrier pour l’élimination progressive des sources d’énergie fossiles. En outre, des engagements vers une « empreinte carbone zéro » ont été obtenus de la part de 153 pays, et plus de 90 % du PIB mondial sont désormais sujets à des contributions déterminées au niveau national (CDN) entre 2030 et 2050.

Mais, en fin de compte, la COP26 n’a pu imposer les cibles internationales visant à limiter la hausse des températures à 1,5°C d’ici 2030. La COP26 n’a pas réussi à :

  • Définir les exigences permettant d’atteindre cet objectif ni les conséquences d’un échec. Il est impossible de maintenir les engagements de l’Accord de Paris sans objectifs mesurables.
  • Mettre en place les investissements pérennes nécessaires pour donner aux pays en développement la capacité de s’adapter aux changements climatiques, provoqués en majorité par les nations industrialisées.
  • Exiger un partenariat pour atténuer l’impact des changements climatiques.

Bref, la COP26 n’a pas aidé le gouvernement et l’industrie à déterminer « comment » parvenir à la carboneutralité sur un horizon de huit ans – ni à appréhender les conséquences catastrophiques d’un échec. Il incombe aux gouvernements et aux entreprises d’agir dès maintenant, par le biais de l’innovation et des partenariats, pour déployer des solutions efficaces de viabilité dans les chaînes de valeur et d’approvisionnement.

La réussite passe par un changement d’optique radical. On ne peut pas envisager la viabilité seulement sous l’angle d’une exigence réglementaire ou d’un engagement des parties prenantes. Il faut y voir une occasion d’affaires et un catalyseur de transformation potentiel. Les données et la technologie sont les leviers qui rendent ce changement possible.

 

Nous devons agir maintenant – mais comment ?

Comment la communauté internationale peut-elle tenir les promesses de la COP26 ? Comment pouvons-nous travailler ensemble, en tant qu’entreprises et États engagés dans la chaîne de valeur, pour atteindre les objectifs de décarbonisation d’ici 2030 ?

Les clients, les employés, les investisseurs, les partenaires commerciaux et les gouvernements n’attendront pas. Ils font pression sur la direction et les conseils d’administration des entreprises pour qu’ils priorisent la durabilité des activités. Selon un récent rapport de l’IBV, la Durabilité au coeur de la transformation, le sujet s’est hissé au premier plan des priorités des entreprises; 73 % des dirigeants interrogés déclarent que leurs organisations ont établi un objectif de carboneutralité.

Le Pacte de Glasgow pour le climat stipule que les émissions de carbone doivent être réduites de 45 % d’ici 2030 pour respecter la marque déterminante du 1,5° C. Le Canada – aux côtés d’autres membres du G7 – s’est engagé à réduire ses émissions de 40 à 45 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030 – et d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

D’autres pays se sont fixé des objectifs similaires. Dans le bulletin Visual Capitalist du 8 juin 2021, on apprend que « le Bhoutan et le Suriname sont les deux seuls pays qui ont atteint la carboneutralité et qui affichent en fait un bilan carbone négatif (retirant plus de carbone qu’ils n’en émettent). L’Uruguay est le premier à tenter de répliquer cet exploit d’ici 2030, suivi par la Finlande, l’Autriche, l’Islande, l’Allemagne et la Suède, qui visent tous 2045 ou plus tôt, tandis que le reste des pays visent l’horizon 2050 et au-delà ».

 La plupart des secteurs d’activité ont des objectifs d’émissions fondés sur les pratiques suivantes :

  • Créer des sources ouvertes pour améliorer l’accès aux données sur les GES et la qualité des rapports sur le risque climatique associé.
  • Implémenter un modèle de gestion ESG pour favoriser les processus circulaires et bénéfiques pour les particuliers, la planète et la rentabilité.
  • Adopter la durabilité comme catalyseur de la transition énergétique.
  • Intégrer la durabilité et la transformation numérique.

Certains secteurs d’activité atteignent déjà leurs objectifs de décarbonisation. Par exemple, le réseau électrique du Canada est exempt d’émissions à plus de 80 %, ce qui en fait un des plus propres au monde; il est en voie d’atteindre son objectif de production d’énergie sans émissions d’ici 2030. Mais d’autres secteurs, comme l’industrie lourde, le transport, l’agriculture et les ressources naturelles doivent intensifier leurs efforts au plus tôt pour tenir les engagements de carboneutralité d’ici 2050.

Tous les secteurs d’activité peuvent tirer parti des données pour atteindre les objectifs ESG en préservant leur rentabilité, mais ils ont encore un long chemin à parcourir. Bien que 86 % des entreprises aient une stratégie de durabilité, seulement 35 % d’entre elles y ont donné suite. En adoptant la durabilité comme catalyseur de la transition et en collaborant avec d’autres acteurs de la chaîne de valeur pour réduire leur empreinte carbone, les entreprises se différencieront et créeront un profil plus pertinent pour les clients.

 

S’attaquer au carbone grâce aux données et aux technologies

La transformation organisationnelle numérique va de pair avec la transition vers la durabilité. Selon l’IBV, un groupe de « pionniers de la transformation » a réussi à joindre le geste à la parole. Ces leaders intègrent leurs efforts de durabilité et de transformation numérique et se distinguent par une innovation accrue, tout en obtenant de meilleurs résultats en matière de viabilité et de croissance des revenus.

En misant sur les leviers essentiels, c’est-à-dire les données et la technologie, pour atteindre les objectifs de carboneutralité, nous devons nous mobiliser autour des enjeux suivants :

 

1. Préparer les clients à l’impact du risque climatique.

La dernière décennie a connu un record historique de catastrophes naturelles, ce qui a entraîné un impact financier important sur les entreprises. On estime que les événements météorologiques et climatiques extrêmes entament 6 % des bénéfices annuels des entreprises, qui doivent dorénavant tenir compte de ces facteurs dans leur prise de décision.  Les gouvernements, les investisseurs et les consommateurs réclament des interventions de lutte aux changements climatiques qui reposent sur des objectifs « zéro émission » de gaz à effet de serre (GES).

 

2. Il s’agit d’instaurer une exploitation intelligente, une gestion pérenne des biens et une infrastructure sécurisée.

Les infrastructures doivent être conçues, construites et gérées dans un souci de résilience afin d’assurer la continuité des opérations. La durée de vie des composants d’infrastructure tels que les bâtiments, les ponts et les barrages peut être prolongée par une rationalisation visant à améliorer leur durabilité, tout en offrant une valeur accrue aux parties prenantes. Sund & Baelt utilise l’IA et l’Internet des objets pour préserver et protéger certaines des plus grandes infrastructures du monde, éliminant ainsi des tonnes d’émissions de CO2.

 

3. Création d’une chaîne d’approvisionnement durable.

Comme 80 % des émissions de carbone sont « emmurées » dans la chaîne d’approvisionnement, c’est un point de départ naturel. Tandis que 70 % des consommateurs indiquent que la traçabilité des biens qu’ils achètent est très importante et qu’ils sont prêts à payer jusqu’à 35 % de plus pour cette information, seulement 20 % des entreprises connaissent tous les détails de leur chaîne d’approvisionnement. Les informations sur la chaîne d’approvisionnement peuvent présenter des avantages synergiques pour l’ensemble des fournisseurs et sous-traitants. Farmer Connect a utilisé les ressources de la chaîne de blocs pour implémenter ce changement de gestion.

 

4. Améliorer la gestion de l’électrification, de la production d’énergie et des émissions.

L’électrification par les énergies propres est vitale pour atteindre la carboneutralité. Les écosystèmes électriques deviennent de plus en plus complexes et diversifiés. Permettre une électrification propre à grande échelle pour les consommateurs et les entreprises obligera les dirigeants à repenser le fonctionnement des systèmes électriques et leur rôle dans une économie sans émission de GES. Cela comprend l’élimination du charbon, l’électrification accélérée des transports, l’amélioration des tactiques d’atténuation pour les entreprises et la création de pools de garanties et de financement pour protéger les plus vulnérables pendant la transition énergétique.

 

Les leaders de demain sont ceux qui agissent dès maintenant.

Alors, la COP26 a-t-elle été un succès ? Des promesses ont été faites et des progrès ont été réalisés, mais la vraie réponse dépend de ce qui se passera aux COP27, 28 et 29.

Bien qu’on estime que 275 billions $ seront dépensés en actifs d’ici 2050 pour remplir l’engagement de carboneutralité, il y a encore de fortes chances que nous manquions la cible critique de 1,5 à 2 degrés Celsius; et maintenant que le risque climatique impose des changements au niveau des politiques et des entreprises, les organisations sont plus nombreuses à vouloir financer les approches durables.

IBM avance à grands pas vers une transformation durable en tirant parti de l’IA, des données et de la technologie de ses clients. Nous collaborons avec des secteurs clés et nous nous associons avec diverses organisations pour mettre en oeuvre cinq leviers numériques qui prédiront des résultats basés sur les données,automatiseront les opérations à l’échelle pour gagner en productivité et en efficience,protégeront tous les points de contact,moderniseront les infrastructures et engendreront les transformations nécessaires par de nouveaux modèles d’entreprise numérique axés sur la technologie.

Le temps des discussions est passé et il est temps d’agir. Il ne sera pas facile d’atteindre l’empreinte carbone « zéro », mais la voie est tracée. Lorsque les dirigeants mondiaux se retrouveront à la COP27 en Égypte, ceux qui comprennent que durabilité et transformation organisationnelle vont de pair  – et agissent en conséquence – sont bien placés pour devenir les leaders de demain dans leurs industries, leurs pays et le monde.

 

Pour en savoir plus  

Comment la durabilité peut s’inscrire dans votre stratégie de transformation.

Consultez le rapport de l’IBV, « La durabilité en tant que catalyseur de la transformation ».

 

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Pierre Morin, partenaire principal – Chef de la transformation sectorielle et associé en chef de compte, IBM Conseil

Linkedin: Pierre Morin

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